Après de nombreux mois d’angoisse liée aux tarifs douaniers en 2025, nous sommes revenus tout près du niveau en vigueur quand le candidat présidentiel de l’époque, Donald Trump, avait initialement fait campagne en 2024.
Le taux tarifaire effectif moyen des États-Unis à l’encontre des autres pays oscille autour de 9,9 % à 10,5 %, selon les estimations de Tax Foundation et le modèle budgétaire Penn Wharton, qui tiennent compte des tarifs douaniers réels payés aux douanes américaines et des changements dans les habitudes d’achat des consommateurs lorsqu’ils sont confrontés à des prix plus élevés.
Cette fourchette est nettement inférieure aux estimations de plus de 20 % formulées par de nombreux économistes à la suite des niveaux de tarifs « réciproques » astronomiques annoncés en avril 2025, période où a culminé l’angoisse des marchés. Depuis, le taux a baissé à la suite d’accords commerciaux entre les États-Unis et des partenaires clés, comme l’UE, le Japon et la Corée du Sud, ainsi que d’une trêve commerciale importante avec la Chine.
Même si le niveau d’environ 10 % n’est pas aussi important que ce qui était craint, il représente un changement radical par rapport aux taux tarifaires décroissants et faibles observés pendant la majeure partie de la période suivant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit actuellement du plus haut niveau depuis 1946 et d’un niveau bien supérieur à celui de 2,4 % en vigueur en 2024, avant le début du deuxième mandat du président Trump.
Le gouvernement pourrait émettre d’autres menaces tarifaires périodiquement cette année, y compris en prévision de l’examen obligatoire de l’Accord Canada-États-Unis–Mexique (ACEUM) en juillet.
Mais nous doutons que le taux tarifaire effectif moyen des États-Unis augmente considérablement, si ce n’est pas du tout, avant les élections de mi-mandat de novembre, compte tenu des sensibilités politiques associées à la question de l’abordabilité et à la volonté de réduire davantage l’inflation.
Qui paie réellement les tarifs douaniers?
Les économistes de RBC Gestion mondiale d’actifs estiment que les sociétés étrangères et nationales se partagent le fardeau tarifaire en parts à peu près égales.
Dans ce cadre d’équilibre, environ le tiers des coûts des tarifs douaniers ont été répercutés sur les consommateurs américains par l’intermédiaire de la hausse des prix des biens, selon une analyse des données jusqu’en septembre 2025.
Les économistes de RBC prévoient que les répercussions des tarifs douaniers se poursuivront cette année, ce qui devrait maintenir l’indice des prix à la consommation (IPC) et d’autres mesures de l’inflation à la consommation quelque peu au-dessus du niveau souhaité par la Réserve fédérale américaine (Fed).
« Dans l’ensemble, toutefois, l’incidence des tarifs douaniers sur la croissance et l’IPC devrait finir par être moindre que celle initialement estimée par les modèles », selon Josh Nye, économiste principal à RBC Gestion mondiale d’actifs Inc.
Qu’est-ce que cela signifie pour le portefeuille des Américains? Les évaluations varient.
Tax Foundation estime que les tarifs douaniers représenteront une augmentation moyenne de 1 000 $ en 2025 et de 1 300 $ en 2026 des taxes par ménage, selon les taux tarifaires jusqu’à la fin de janvier.
Le Tax Policy Center, issu d’un effort conjoint de l’Urban Institute et de la Brookings Institution, entrevoit un coup plus dur dans ses prévisions récemment mises à jour. Il estime que les tarifs douaniers Trump 2.0 représenteront un fardeau moyen de 2 100 $ par ménage en 2026.
La Cour suprême des États-Unis devrait se prononcer bientôt
La Cour suprême des États-Unis devrait se prononcer sur le recours par l’administration à l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), l’instrument par lequel la majeure partie des tarifs douaniers de l’administration Trump 2.0 ont été mis en œuvre.
Même si la Cour devait se prononcer contre l’utilisation de l’IEEPA par l’administration, voici ce qu’a indiqué Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Gestion mondiale d’actifs Inc : « …la réalité est que les États-Unis peuvent presque instantanément instaurer des tarifs douaniers temporaires de 15 % puis, après des recherches et des audiences obligatoires, imposer à peu près le taux tarifaire qu’ils souhaitent à une date ultérieure. Par conséquent, la Maison-Blanche devrait être en mesure d’atteindre ses objectifs, même sans les tarifs douaniers imposés en vertu de l’IEEPA. »
Selon M. Lascelles il est « très peu probable » que la Cour exige le remboursement des tarifs douaniers, étant donné qu’un chaos s’ensuivrait, car la plupart des entreprises ont transféré au moins une partie de leurs coûts tarifaires tout au long de la chaîne d’approvisionnement, sans moyen clair d’indemniser adéquatement les autres parties.
Les tarifs douaniers sont-ils là pour de bon?
Selon Pew Research, les sondages montrent que les tarifs douaniers Trump 2.0 sont peu populaires, 60 % des Américains les désapprouvant.
En amont des élections de mi-mandat, le Congrès résiste. La Chambre des représentants a récemment voté par une très étroite marge en faveur de la fin des tarifs douaniers imposés au Canada en vertu de l’IEEPA. D’autres votes sur les tarifs douaniers à la Chambre des représentants et au Sénat semblent à l’horizon cette année; Trump détient toutefois le droit de veto.
Nous pensons qu’il sera tentant pour le prochain président, peu importe son parti, de maintenir en place au moins une partie ou la majeure partie des tarifs douaniers Trump 2.0, car ils constituent maintenant une importante source de revenus pour le gouvernement fédéral.
En janvier 2026, les revenus de 27,74 milliards de dollars tirés des tarifs douaniers ont été près de quatre fois supérieurs à la moyenne de 2021 à 2024, selon les données douanières compilées par le département du Trésor des États-Unis, calculées sur une « base conventionnelle », c’est-à-dire les dollars réels entrant aux douanes, sans prise en compte des effets secondaires négatifs.
Les revenus tarifaires ont bondi
Recettes douanières nettes du gouvernement américain par mois (milliards de dollars)
Sources : RBC Gestion de patrimoine, département du Trésor des États-Unis, Bloomberg; données mensuelles jusqu’au 31 janvier 2026
Le graphique montre les recettes douanières mensuelles de janvier 2021 à janvier 2026. En janvier 2021, les recettes ont commencé à 5,87 milliards de dollars. Les recouvrements ont augmenté quelque peu au début de 2022, puis ont commencé à reuler un peu plus tard cette année-là et ont atteint un creux de 5,23 milliards de dollars en mai 2024. De 2021 à 2024, les recettes ont atteint en moyenne 7,08 milliards de dollars par mois. En avril 2025, les revenus tirés des droits de douane ont commencé à grimper, atteignant un sommet de 31,35 milliards de dollars en octobre 2025. En janvier 2026, elles avaient reculé à 27,74 milliards de dollars.
Le gouvernement a perçu 264 milliards de dollars en revenus douaniers nets en 2025, et le montant devrait être beaucoup plus élevé en 2026, première année complète sous le cadre tarifaire Trump 2.0.
Si les tarifs douaniers actuels demeurent en place, Tax Foundation prévoit qu’ils généreront plus de 2 100 milliards de dollars en revenus fédéraux sur une base conventionnelle de 2026 à 2035 (ou 1 440 milliards de dollars sur une « base dynamique » lorsque les effets secondaires négatifs sont pris en compte).
Un certain allègement du déficit, mais pas une panacée
La flambée des revenus tarifaires a contribué à réduire le déficit budgétaire des États-Unis. Il est passé de 6,9 % du PIB en 2024 à 5,4 % en 2025, selon les données préliminaires.
Toutefois, ce chiffre demeure relativement élevé – il est éloigné de l’objectif du secrétaire au Trésor Scott Bessent de ramener le déficit à environ 3 % du PIB d’ici 2028 et est nettement supérieur au niveau de 2 % que nous jugeons acceptable.
Le Congressional Budget Office prévoit un ratio déficit/PIB de 5,8 % en 2026, une augmentation à 6,0 % en 2028 et un niveau encore plus élevé dans 10 ans.
Il faudrait beaucoup plus que des revenus tarifaires pour rajuster le déficit, étant donné que les dépenses consacrées à Medicare, à Medicaid, à la sécurité sociale et à la défense, entre autres, sont importantes et s’accentuent. De plus, les paiements d’intérêts nets sur la dette fédérale demeurent importants, à 13,9 % des dépenses depuis le début de l’exercice 2026.
Le pays n’a pas fait preuve de rigueur en matière de dépenses depuis une brève période dans les années 1990 et, malheureusement, nous ne croyons pas que la situation changera de sitôt, peu importe le parti au pouvoir, à moins que le marché des titres du Trésor ne force la main de Washington.
Notre équipe des titres à revenu fixe prévoit que les investisseurs institutionnels du monde entier surveilleront de plus près les niveaux de déficit et d’endettement du gouvernement fédéral américain qu’ils ne l’ont fait les années précédentes et que des déficits importants maintiendront les taux de rendement des obligations du Trésor à long terme, en particulier celles à 30 ans, plus élevés que prévu.