Que se passe-t-il avec le bitcoin ?

févr. 11, 2021 | Maarten Jansen, Juan Aronna, Frédérique Carrier


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Le potentiel du bitcoin à titre de technologie de transformation va au-delà de son utilisation en tant que placement.

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Le potentiel du bitcoin à titre de technologie de transformation va au-delà de son utilisation en tant que placement. Pour ses plus fervents défenseurs, la conviction qu’il changera la société tient presque d’un acte de foi. À l’inverse, de nombreux détracteurs sont convaincus que l’engouement actuel pour le bitcoin n’est rien de plus qu’un phénomène spéculatif. La question suscite une immense controverse au sein du monde de la finance.

Veuillez noter que RBC Gestion de patrimoine ne fait actuellement aucune recommandation et n’offre aucune solution concernant le bitcoin ou d’autres cryptomonnaies. Nous avons tenté ci-dessous de réunir les nombreuses questions que suscitent la nature du bitcoin et sa pertinence éventuelle pour les investisseurs actuels et d’y répondre, à titre d’information seulement. À notre avis, tout investissement dans le bitcoin devrait être considéré comme spéculatif et volatil ; autrement dit, les investisseurs devraient être prêts à perdre l’intégralité de leur placement.

Que se passe-t-il avec le cours du bitcoin ?

Entre le 30 septembre 2020 et la mi-janvier 2021, le cours du bitcoin a bondi de 10 707 $ à 38 766 $, soit une hausse de 260 %. Il a ensuite brièvement reculé de 23 % en janvier 2021, avant de poursuivre sa progression.

Graphique montrant le prix du bitcoin au cours des cinq dernières années. Au dernier trimestre de 2020, le prix du bitcoin s'est fortement apprécié.

Pourquoi en est-il ainsi ?

Au cours de cette période, plusieurs éléments nouveaux ont donné un élan au bitcoin. En premier lieu, plusieurs gestionnaires de fonds et dirigeants d’entreprises de technologie très en vue ont effectué des achats publics importants de bitcoins. Ces achats ont fait augmenter les attentes que d’autres entreprises leur emboîteraient le pas et ouvert la perspective d’une plus grande acceptation par les institutions d’un actif détenu et négocié en majeure partie par des investisseurs individuels.

Au cours de la même période, plusieurs entreprises de traitement des paiements, notamment PayPal, Square, Visa et Mastercard, ont annoncé leur intention d’offrir la possibilité d’effectuer des paiements en bitcoins au sein d’un réseau de millions de fournisseurs. Le fait de permettre aux consommateurs d’acheter, de conserver ou de dépenser des bitcoins aurait pour effet de remédier à plusieurs de leurs attributs considérés comme des défauts et de les rendre accessibles à une population bien plus vaste.

Ces manchettes ont eu un grand retentissement dans les médias sociaux et auprès des inconditionnels du bitcoin, de sorte que de nouveaux investisseurs ont afflué, attirés en partie par l’hypothèse selon laquelle d’autres suivraient le mouvement, ce qui aurait pour effet de favoriser les rendements.

Quelle est la valeur du bitcoin ?

Malgré les objectifs initiaux de ses créateurs, le bitcoin n’a pas encore rempli toutes ses promesses en tant que monnaie servant à effectuer des opérations courantes, en grande partie à cause de sa volatilité. Ainsi, au cours des cinq dernières années, son cours a varié de plus de 5 % d’une journée à l’autre à 270 reprises. De plus, son cours a augmenté ou diminué d’au moins 8 % en une seule journée à au moins 20 reprises rien qu’au cours des 24 derniers mois. Il est possible que la volatilité du bitcoin diminue avec le temps, particulièrement s’il est plus largement accepté grâce aux initiatives des entreprises de traitement des paiements et à sa capacité d’innovation.

Il n’est pas rare de voir une fluctuation quotidienne de 10 %, à la hausse ou à la baisse.
Variation quotidienne en pourcentage du cours du bitcoin
Graphique montrant combien le prix du bitcoin fluctue chaque jour. Les mouvements de prix de 10% à la hausse ou à la baisse ne sont pas inhabituels.

Les partisans du bitcoin s’intéressent de plus en plus à ses propriétés en tant que réserve de valeur, en grande partie parce que le nombre maximal de bitcoins émis ne sera toujours que de 21 millions, ce qui en fera une couverture potentielle contre l’inflation et opposera une certaine résistance au contrôle des banques centrales. La pandémie de COVID-19 a grandement contribué à faire avancer cette idée au cours de la dernière année. Afin de limiter les répercussions de la pandémie, les gouvernements ont engagé des dépenses qui avoisinent, en pourcentage du PIB, les sommets records atteints pendant la Seconde Guerre mondiale. Les banques centrales financent cette explosion de dépenses en imprimant de l’argent à un rythme inégalé dans l’histoire moderne. À court terme, les dommages économiques liés à la pandémie maintiendront peut-être l’inflation à un faible niveau. Toutefois, à long terme, ce type de politique va de pair avec l’inflation et incite les investisseurs à se tourner vers des actifs qui devraient, selon eux, conserver leur valeur.

Ces caractéristiques font beaucoup penser à l’or. Comment se comparent-ils?

En effet, la rareté de l’offre qui rend le bitcoin attrayant en tant que réserve de valeur sûre constitue le fondement même de l’investissement dans l’or. Le bitcoin présente certains avantages innovants par rapport à l’or : il se négocie plus aisément, est plus facile à transporter et à emmagasiner, peut sans difficulté être divisé en plus petites pièces, et pourrait bientôt être utilisé pour régler des dépenses courantes.

Il existe toutefois d’importantes différences entre eux. Ainsi, contrairement à l’or, le bitcoin est intangible et ne revêt aucune forme physique. Il existe depuis à peine une dizaine d’années et ne bénéficie donc pas à cet égard du même avantage que l’or, que la société connaît depuis des milliers d’années et qu’elle en est venue à accepter comme réserve de valeur et moyen d’échange. Qu’est-ce qui pourrait favoriser l’acceptation du bitcoin ? Certains diront que les jeunes générations sont beaucoup plus à l’aise avec le concept d’actif numérique, peut-être même plus qu’avec l’or. Et ces générations sont susceptibles d’hériter ou de produire une richesse considérable au cours des prochaines années.

Enfin, l’or est un produit tangible fini et à ce titre, il existe même si de nouvelles quantités ne sont pas extraites. Par contre, le bitcoin dépend du travail des mineurs et de l’existence des réseaux informatiques et de l’électricité.

À notre avis, l’éventail des résultats possibles du bitcoin est beaucoup plus large que celui de l’or. Selon Bloomberg, Forbes et plusieurs autres sources d’actualités financières, certains participants au marché estiment qu’en raison de la taille de son marché, qui correspond à environ un dixième de celle du marché de l’or (même après l’énorme appréciation de son cours), le cours du bitcoin pourrait atteindre des niveaux largement supérieurs si les acheteurs d’or se tournaient en masse vers la cryptomonnaie. Inversement, si l’enthousiasme qui sous-tend les gros titres récents s’émousse et que le bitcoin connaît un renversement de tendance, nous croyons qu’il sera difficile pour les analystes de justifier quelque évaluation du bitcoin que ce soit, outre l’engouement qu’il suscite. Ce raisonnement vaut également pour l’or, mais le défi est plus important pour le bitcoin en raison de ses antécédents limités, de sa petite base et des fluctuations considérablement plus importantes de son cours.

Combien d’autres cryptoactifs y a-t-il et où le bitcoin se situe-t-il par rapport aux autres ?

Le risque de substitution est un autre risque important auquel font face la plupart des cryptomonnaies. Bien que la quantité de bitcoins soit limitée, le nombre de cryptomonnaies qui pourraient le remplacer est infini ; il en existe actuellement plus de 8 000. Les cryptomonnaies ne visent pas toutes les mêmes objectifs que le bitcoin, mais celles qui le font peuvent présenter certaines caractéristiques qui représentent des améliorations marquées par rapport à l’original. Cela étant dit, le bitcoin est devenu la référence de fait en matière de cryptomonnaies : sa valeur éclipse à elle seule toutes les autres combinées, et il compte plus de 130 millions de détenteurs et plus de 10 000 nœuds (les mineurs et les systèmes qui soutiennent la chaîne de blocs du bitcoin). Nous estimons donc qu’il est peu probable qu’il disparaisse un jour.

Quelles sont les répercussions des comportements des investisseurs ?

Un grand nombre des acheteurs de bitcoin de la première heure sont profondément engagés et peu susceptibles de vendre pour réaliser des profits rapides. Par ailleurs, la participation accrue d’investisseurs institutionnels pourrait avoir un effet modérateur sur la volatilité au fil du temps. Nous constatons toutefois qu’il existe un nombre considérable d’investisseurs qui sont attirés par le bitcoin en raison du potentiel de profits rapides et parce qu’ils craignent de rater une occasion. Le comportement de ces personnes, qui est fortement dicté par les médias sociaux, risque de contribuer grandement à la volatilité du bitcoin. À notre avis, il est peu probable que cette situation change à court terme.

Comment voyez-vous le bitcoin ?

D’après nous, le bitcoin forme une catégorie d’actif récente et relativement petite qui, bien qu’elle gagne en importance, a dû lutter durant une grande partie de son existence pour obtenir une large adhésion, tout en affichant un niveau élevé sans pareil d’appréciation et de volatilité. Étant donné que l’offre totale est limitée à 21 millions de pièces numériques, le bitcoin pourrait voir sa valeur monter en flèche s’il était adopté par l’ensemble des investisseurs, tandis que tout renversement apparent de cet élan, ou l’apparition d’une cryptomonnaie de remplacement largement acceptée, pourrait entraîner une dépréciation importante. Les deux situations pourraient se produire à différents moments dans l’avenir et, par conséquent, la trajectoire du bitcoin pourrait être tout sauf linéaire. Enfin, nous disposons de très peu d’éléments pour quantifier de façon objective la valeur du bitcoin, et il faudra probablement beaucoup de temps avant que des principes de placement plus orthodoxes se fassent jour.

Nous croyons que la proposition de placement du bitcoin comporte toujours un élément spéculatif considérable. Autrement dit, un tel placement comporte un risque important et les investisseurs ne devraient risquer que la part de leur portefeuille qu’ils sont prêts à perdre. Selon nous, la plupart des gestionnaires de portefeuille établiraient une pondération ne représentant pas plus qu’un faible pourcentage du portefeuille d’un investisseur ayant une tolérance élevée au risque.

Par contre, en cas de scénario inflationniste dans les pays développés, on pourrait assister à une ruée vers des actifs durables (dont la disponibilité est limitée). Cette situation pourrait se révéler un catalyseur pour le bitcoin.

Quels sont les autres points à retenir ?

La sécurité est souvent mentionnée comme étant un risque important. Le réseau du bitcoin n’a jamais été piraté et sa nature décentralisée fait en sorte que toute tentative de piratage risque fort d’échouer ; il existe toutefois des risques liés au stockage. Le bitcoin est stocké dans un portefeuille numérique sécurisé par une clé privée de 64 caractères (c’est-à-dire un long NIP) qui peut être conservée dans une clé USB, enregistrée dans une mémoire, écrite sur un bout de papier, stockée dans un téléphone mobile ou confiée à un dépositaire en ligne, de sorte qu’il est facile de l’égarer ou de la perdre à la suite d’un vol ou d’un piratage. Cela dit, des innovations, comme les services de traitement de paiements, et le renforcement de la réglementation des échanges de bitcoins contribuent à accroître la confiance des investisseurs. Les gestionnaires de fonds et leurs dépositaires de cryptomonnaies mettent au point des systèmes de protection des portefeuilles de bitcoins qui rivalisent par leur complexité avec le codage d’origine du bitcoin, si bien que les investisseurs individuels qui désirent placer leur argent dans la cryptomonnaie peuvent choisir de le faire dans un instrument s’apparentant à un fonds.

La réglementation constitue à la fois un risque et un appui potentiels. Les politiques gouvernementales qui compliquent ou interdisent l’accès au bitcoin pourraient être très préjudiciables. Étant donné que nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements de l’univers des cryptomonnaies, des abus sont soupçonnés, notamment dans le cas de Ripple, dont la valeur a chuté de 70 % après que la Commission des valeurs mobilières des États-Unis eut intenté une action contre Ripple Labs Inc., alléguant que plus de 1,3 milliard de dollars ont été recueillis par l’entremise d’une offre de titres d’actifs numériques non enregistrée et en cours. La société qui est à l’origine de Tether, une « monnaie stable » arrimée au dollar américain, a fait l’objet d’une action collective lorsqu’elle n’a pu garantir convenablement que les avoirs étaient adossés à des quantités suffisantes de monnaie forte. À notre avis, une réglementation plus stricte pourrait froisser certains des premiers inconditionnels du bitcoin, mais elle pourrait aussi contribuer grandement à accroître la confiance des investisseurs qui désirent accéder à ce marché.

Les critères ESG (environnement, société et gouvernance) ont aussi une incidence sur le bitcoin.

  • La quantité d’électricité utilisée pour le minage de bitcoins (c.-à-d. pour effectuer le calcul intensif nécessaire à la création de bitcoins) est une préoccupation abondamment citée par les investisseurs qui accordent une grande importance à la durabilité et aux changements climatiques. Dans un article paru en 2018, The Economist a souligné que la quantité d’électricité utilisée pour le bitcoin lors de cette période était équivalente à ce que requiert une économie de taille moyenne comme celle de l’Irlande. Les données sont portables, mais l’électricité ne l’est pas. Par conséquent, les mineurs de bitcoins se trouvent dans des régions où la production d’électricité dépasse la demande locale et où les prix sont moindres, ce qui leur confère un avantage sur les autres mineurs et atténue aussi dans une certaine mesure les répercussions sur le climat. D’autres cryptomonnaies sont moins énergivores et les innovations futures pourraient limiter cette incidence du bitcoin sur le plan de l’énergie, mais le problème persistera probablement dans un avenir prévisible.
  • La détention de bitcoins pose-t-elle un risque réputationnel ? Dans sa phase initiale, le bitcoin était perçu comme un moyen de financer des activités criminelles et d’en éliminer le produit, comme en témoignent les récentes remarques de personnalités de premier plan, dont la secrétaire au Trésor des États-Unis, Janet Yellen. Pour mieux comprendre l’ampleur possible de ce problème, la société d’analyse de chaînes de blocs Chainalysis a mené en 2020 une étude sur la criminalité liée aux cryptomonnaies, laquelle a révélé que les activités illicites représentaient environ 1,1 % des flux de bitcoins entre 2017 et 2019.

Les banques centrales ont commencé à lancer leurs propres monnaies numériques, apportant de nombreux avantages de la chaîne de blocs et des cryptoactifs, tout en restant rigoureusement réglementées par les autorités monétaires souveraines.

Enfin, les perspectives générales pour les cryptoactifs sont beaucoup plus larges que celles du bitcoin à lui seul. Ether, la deuxième monnaie numérique en importance grâce à des actifs d’environ 200 milliards de dollars, donne un aperçu du potentiel à réaliser. Il s’appuie sur la chaîne de blocs d’Ethereum, qui sert elle-même d’infrastructure de base pour de nombreuses autres monnaies numériques indépendantes et qui permet aussi la segmentation en unités de contrats d’une vaste portée allant des billets de concert à l’art en passant par les actions de sociétés ouvertes. Par exemple, les actions ordinaires d’une société pourraient être transformées en actifs numériques qui peuvent être négociés directement entre l’acheteur et le vendeur, puis stockés dans la chaîne de blocs. Ainsi, il n’est pas nécessaire de faire appel à un courtier, à une bourse et à un dépositaire. Les opérations peuvent être faites instantanément et à coût modique en temps réel, indépendamment des frontières et des fuseaux horaires, 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Récemment, des efforts supplémentaires ont été déployés dans un nouveau segment de la cryptographie connu sous le nom de DeFi (finance décentralisée), qui vise à mettre en place une infrastructure financière décentralisée de produits et services relatifs aux prêts, aux emprunts et au levier financier.

Les possibilités offertes par la technologie des cryptomonnaies sont très variées et, aux yeux de beaucoup, nous en sommes peut-être aux premiers stades de la prochaine grande évolution technologique, comme l’Internet au milieu des années 1990 et les sociétés de plateformes et de médias sociaux au début des années 2000.


Déclarations exigées

Ressources pour les recherches

Déclaration sur les analystes qui ne sont pas américains : Maarten Jansen, employé de RBC Dominion valeurs mobilières Inc., société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États-Unis ; Frédérique Carrier , employée de RBC Europe Limited, société étrangère affiliée de RBC Gestion de patrimoine – États-Unis ; et Juan Aronna, employé de RBC Europe Limited et de la succursale de Singapour de Banque Royale du Canada, ont participé à la préparation de cette publication. Ces personnes ne sont ni inscrites ni qualifiées en tant qu’analystes de recherche auprès de l’organisme américain Financial Industry Regulatory Authority (« FINRA ») et, comme elles ne sont pas associées à RBC Gestion de patrimoine, elles pourraient ne pas être assujetties au règlement 2241 du FINRA régissant les communications avec les entreprises visées, les apparitions publiques et les opérations sur valeurs mobilières dans les comptes des analystes de recherche.

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