Mises à jour bimensuelles – 30 mai 2025

May 30, 2025 | Ping Yu Ni


Share

Chers lecteurs,

 

Les marchés boursiers mondiaux continuent de grimper grâce à la désescalade de la guerre commerciale. De plus, une cour fédérale américaine a récemment statué que le président Trump avait outrepassé son autorité en recourant à une loi d’urgence pour imposer des droits de douane, suscitant des interrogations chez les investisseurs et les entreprises quant aux implications possibles. L’administration américaine a indiqué qu’elle en appellera de la décision de la cour; il semble donc trop tôt pour tirer des conclusions définitives. Les actions américaines sont proches de leur niveau du début de l’année, tandis que les autres marchés boursiers se situent à des sommets historiques ou s’en approchent. Dans un contexte d’apaisement relatif des tensions commerciales, les marchés ont tourné leur attention vers les fluctuations des taux des obligations d’État. Nous nous pencherons plus en détail sur le sujet ci-dessous.

 

Brève présentation des taux des obligations d’État

 

Une obligation d’État est une forme de titre de créance émis par des pays souverains pour financer des dépenses et couvrir des obligations financières. Dans les grands marchés développés, ces obligations sont souvent considérées comme des placements à faible risque, car elles sont garanties par des pays ayant des revenus fiables, une stabilité politique et des marchés financiers liquides. Le taux de rendement de ces obligations (le paiement des intérêts divisé par le cours du marché de l’obligation) peut être considéré comme un indicateur du coût du financement gouvernemental et du rendement exigé par les investisseurs pour prêter de l’argent à ce gouvernement. Plus le taux obligataire est élevé, plus les investisseurs rechercheront un rendement élevé en contrepartie d’un prêt au gouvernement, et vice versa. L’échéance de ces instruments peut varier en fonction de différents facteurs influant sur les taux. Les taux des obligations d’État à court terme (cinq ans et moins) sont généralement influencés par une combinaison de facteurs liés au marché et par la politique monétaire des banques centrales (les taux d’intérêt). Les taux obligataires à long terme, quant à eux, sont davantage dictés par la dynamique du marché dans son ensemble et la stabilité budgétaire. Dans un contexte « normal », les marchés ont tendance à porter une attention particulière aux décisions des banques centrales en matière de taux d’intérêt (qui ont une plus grande incidence sur les taux à court terme). Or, au cours des dernières semaines et des derniers mois, les investisseurs se sont concentrés sur la hausse des taux des obligations d’État à long terme.

 

Hausse généralisée des taux obligataires à long terme

 

En période d’incertitude accrue et d’inquiétude des investisseurs, les cours des obligations d’État ont généralement tendance à augmenter (et les taux à baisser), car les investisseurs recherchent la stabilité et la sécurité que peuvent offrir ces titres. Cependant, cette relation a été mise à l’épreuve cette année. Par exemple, au début d’avril, lorsque le gouvernement des États-Unis a annoncé l’imposition de droits de douane réciproques à un éventail de pays, les taux des obligations d’État américaines à long terme ont brusquement augmenté (et les cours ont chuté). Après une brève reprise, les taux des obligations d’État américaines à long terme ont continué de grimper, ce qui donne à penser que les investisseurs pourraient réévaluer certaines de leurs perspectives à l’égard des États-Unis et du gouvernement.

 

Il est tentant de croire qu’il s’agit d’un problème qui ne concerne que nos voisins du Sud, mais ce phénomène semble s’étendre à l’échelle mondiale. Malgré les fluctuations indiquées précédemment, le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans a légèrement diminué depuis le début de l’année, alors que les taux des obligations d’État d’autres grands pays développés (Canada, Allemagne, Japon, Australie et Royaume-Uni) ont progressé. Par ailleurs, la hausse du taux des obligations du Trésor américain à 30 ans a été beaucoup plus notable, mais elle est généralement conforme à celle des pays susmentionnés. En fait, les taux des obligations d’État à long terme (30 ans) dans un éventail de pays développés se situent près ou au-dessus de niveaux qui n’avaient pas été atteints depuis plus de dix ans. Cette situation donne à penser que les investisseurs exigent un rendement plus élevé que par le passé pour l’immobilisation de leur argent dans des prêts à long terme accordés à des gouvernements.

 

Les investisseurs se concentrent de plus en plus sur la viabilité des finances publiques

 

Divers facteurs peuvent expliquer la récente hausse des taux obligataires à long terme. Les préoccupations à l’égard de la trajectoire des finances publiques semblent notamment peser dans la balance. Les niveaux d’endettement dans toutes les régions ont affiché une tendance haussière au cours des dernières décennies. Ce n’était pas très inquiétant lorsque les taux d’intérêt diminuaient et se situaient à des niveaux relativement bas. Toutefois, le régime de taux d’intérêt a changé il y a quelques années et le coût du service de la dette a considérablement augmenté en conséquence. De plus, les déficits budgétaires aggravent le problème; certains gouvernements continuent de prévoir des dépenses supérieures à leurs recettes, ce qui les obligera à s’endetter davantage à l’avenir. L’exemple le plus récent est celui des États-Unis : le gouvernement tente de faire adopter un projet de loi qui comprend des dépenses plus élevées et des baisses d’impôt (donc une baisse de revenus), et qui nécessitera une nouvelle hausse du « plafond » de la dette du pays. D’autres régions sont aux prises avec des problèmes semblables à divers degrés.

 

L’insoutenabilité de la trajectoire budgétaire des gouvernements n’est pas un phénomène nouveau. Elle préoccupe certains investisseurs depuis fort longtemps. Pourtant, elle n’a pas constitué un obstacle majeur pour les gouvernements (à l’exception du Royaume-Uni en 2022) ni pour les investisseurs. Néanmoins, il pourrait venir un jour où les investisseurs exigeront des rendements si élevés que les gouvernements seront contraints de prendre des mesures plus fermes pour régler leurs problèmes budgétaires. Nous ne savons pas si ce jour est proche, mais nous gardons ce risque à l’esprit.

 

Nous demeurons à l'écoute.

 

Le Groupe Martin Roy