L’année 2025 se termine sur une bonne note
Étonnamment, la zone euro a connu un quatrième trimestre encourageant en 2025, la croissance trimestrielle du PIB de 0,3 % ayant dépassé les attentes consensuelles et portant la croissance pour l’ensemble de l’année à un chiffre vigoureux de 1,4 %, malgré les tensions commerciales persistantes et l’incertitude mondiale accrue. L’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont accéléré, ce qui laisse entrevoir une résilience sous-jacente dans les plus grandes économies du bloc.
Baisse des taux, renforcement des banques, assouplissement des conditions financières
Les importantes réductions de taux totalisant 200 points de base (pb) décrétées par la Banque centrale européenne (BCE) depuis juin 2024 ont joué un rôle déterminant dans le soutien de la croissance. Comme l’inflation se situe autour de la cible de 2 % de la BCE, nous croyons que le taux de dépôt devrait rester stable à 2 % tout au long de 2026, mais une vigueur persistante de l’euro pourrait poser un risque lié à la baisse des pressions sur les prix.
Les taux d’intérêt plus bas ont entraîné une reprise des prêts bancaires, et les banques sont dans une bien meilleure position pour répondre à la demande de prêts après une décennie de renforcement de la réglementation et de désendettement du secteur privé après la crise de la dette souveraine de 2012. Les 18 principales banques du continent sont mieux capitalisées et affichent un ratio de fonds propres de catégorie 1 de 13,7 % en moyenne, selon RBC Marchés des Capitaux.
La résilience économique a également été soutenue par le resserrement des écarts de taux de la plupart des obligations souveraines – la prime de rendement par rapport à la détention d’obligations d’État allemandes – qui a assoupli les conditions financières. Le plus important écart de taux des obligations d’État de la zone euro s’est resserré, passant de plus de 150 pb il y a deux ans à près de 60 pb aujourd’hui, malgré de fortes émissions d’obligations d’État et réductions du bilan de la BCE. Cette compression des écarts reflète l’amélioration budgétaire dans les économies auparavant vulnérables, ainsi que la confiance accrue des investisseurs à l’égard de la BCE comme filet de sécurité et de son cadre institutionnel, qui semble moins vulnérable à l’ingérence politique que la Réserve fédérale américaine.
Nous pensons que l’élan pourrait bien se maintenir dans l’avenir. L’indicateur de confiance économique de la Commission européenne a atteint son plus haut niveau en trois ans en janvier 2026. Même si la plupart des économies de la zone euro prendront des mesures d’assainissement budgétaire en 2026, le programme d’infrastructures allemand de 500 milliards d’euros annoncé en avril 2025 devrait soutenir la confiance des régions. Le gouvernement allemand prévoit que le déficit budgétaire fédéral gonflera, passant de 1,1 % du PIB en 2024 à 3,7 % à compter de 2026, ce qui est toujours enviable et modéré.
Dans l’ensemble, nous prévoyons une légère reprise cyclique en 2026, RBC Gestion mondiale d’actifs ayant récemment revu à la hausse ses prévisions de croissance du PIB de la zone euro pour 2026, les faisant passer à 1,8 %, ce qui est supérieur aux attentes consensuelles de 1,2 %.
L’Europe dans le nouvel ordre mondial
La récente menace du président américain Donald Trump d’annexer le Groenland, un territoire danois, et d’imposer des tarifs douaniers punitifs aux pays européens qui s’opposent au plan, a ébranlé l’Europe. Comme l’a écrit Eric Lascelles, économiste en chef de RBC Gestion mondiale d’actifs Inc., la saga du Groenland « souligne qu’en plus d’être un partenaire commercial non fiable, les États-Unis sont maintenant un partenaire militaire non fiable… Il existe même un risque auparavant inimaginable que, comme au Venezuela et au Groenland, les États-Unis pourraient être le prochain adversaire. »
Même si les menaces ont été retirées, elles ont probablement causé des dommages durables aux relations entre l’UE et les États-Unis. En réponse, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné la nécessité d’une autonomie stratégique européenne au moyen du renforcement du marché unique, de l’expansion du réseau d’accords de libre-échange (ALE) et du renforcement des capacités de sécurité.
Renforcer le marché unique
La situation difficile en Europe pourrait raviver l’élan derrière les mesures proposées par l’ancien président de la BCE, Mario Draghi, en 2024, lorsqu’il a exhorté les dirigeants de l’UE à remédier au manque persistant de productivité du bloc en approfondissant le marché unique, en stimulant l’innovation et en diversifiant les chaînes d’approvisionnement. Bien que la mise en œuvre ait été lente, des progrès ont été réalisés, 15 % des 383 propositions de réforme de M. Draghi étant maintenant entièrement mises en œuvre, comparativement à 11 % en septembre dernier.
Dans ce contexte, l’UE a redoublé d’efforts dans le cadre de plusieurs initiatives ciblées visant à renforcer concrètement le marché unique. Parmi les enjeux qui seront abordés lors d’un sommet le 12 février, mentionnons le projet de loi Industrial Accelerator Act, qui simplifierait la réglementation et stimulerait les investissements dans des secteurs industriels clés, et la modification du système régional d’échange de quotas d’émission afin de réduire le coût d’exploitation.
Sur le plan financier, le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment réitéré la nécessité de réaliser des progrès à l’égard des marchés financiers de l’UE. En octobre 2025, l’Allemagne a indiqué qu’elle était disposée à céder certains pouvoirs de supervision à l’Autorité européenne des marchés financiers – un changement important par rapport à son opposition de longue date à la centralisation réglementaire à l’échelle de l’UE.
Un vaste réseau d’ALE
Mme Von der Leyen estime que les accords de libre-échange (ALE) élargis sont essentiels pour renforcer le pouvoir économique de l’Europe. L’UE a récemment conclu deux accords historiques après des décennies de négociations, garantissant l’accès à des produits, à des ressources et à des marchés essentiels.
Le pacte conclu avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) améliore l’accès aux minéraux critiques et diversifie l’approvisionnement en Europe. L’ALE signé avec l’Inde réduit les tarifs douaniers sur les automobiles européennes d’environ 110 % à seulement 10 % pour un maximum de 250 000 véhicules par année. Ainsi, l’Inde, qui n’a importé que 10 000 voitures de l’UE en 2024, pourrait devenir un important marché d’exportation automobile.
M. Lascelles souligne que les deux accords représentent des mesures importantes de diversification du commerce, même si les échanges commerciaux bilatéraux avec le Mercosur et l’Inde combinés comptent toujours seulement pour le quart des échanges commerciaux entre l’Union européenne et les États-Unis.
Sécurité
M. Lascelles estime que l’épisode entourant le Groenland a accéléré le thème des dépenses militaires, avec un changement de cap prononcé vers un approvisionnement au sein de l’Europe qui sera profitable à l’économie de l’UE, selon nous. Comme M. Lascelles ne s’attend pas à ce que l’effet de la hausse des dépenses de défense soit neutralisé par celui des réductions ailleurs, il prévoit une expansion budgétaire importante qui pourrait dépasser les prévisions consensuelles. Nous notons que la dette publique de la zone euro est revenue près des niveaux d’avant la pandémie, soit à environ 85 % du PIB.
Investir en Europe
L’optimisme suscité l’an dernier par l’annonce des paquets d’aide de l’Allemagne s’est estompé – peut-être exagérément, selon nous. Nous croyons que l’incidence du programme allemand d’investissement est maintenant sous-estimée, car les investisseurs se concentrent sur les défis structurels.
L’indice MSCI de la zone euro se négocie à 16,3 fois les prévisions consensuelles de bénéfices pour 2026, une prime par rapport à sa valorisation médiane depuis 2003, mais nous estimons que cette situation est justifiée compte tenu de l’amélioration de l’élan économique et des perspectives de croissance des bénéfices de la région.
Le risque politique demeure en France, mais il sera probablement contenu jusqu’aux élections présidentielles de 2027. La vigueur de l’euro nuit aux bénéfices des exportateurs européens, mais l’effet de cette situation devrait être compensé par celui d’une activité économique plus vigoureuse.
À notre avis, une pondération égale à celle du marché de l’Europe est justifiée au sein des portefeuilles mondiaux. Au-delà de la diversification géographique, nous croyons que le continent présente des occasions de placement intéressantes. Nous nous attendons à ce que les sociétés exposées au plan de dépenses allemand – en particulier certaines sociétés des produits industriels, de la défense et des matières – réussissent bien. Les banques sont également intéressantes, à notre avis, soutenues par l’accentuation de la courbe des taux et l’amélioration de la demande de prêts, tout en se négociant à escompte par rapport à leurs concurrentes américaines.