Élections américaines 2024 : qu’en est-il au lendemain du scrutin ?

05 janvier 2025 | Tasneem Azim-Khan, Vice President and Chief Investment Strategist


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Élections américaines 2024 : qu’en est-il au lendemain du scrutin ?

Nota : ce qui suit est une version condensée de l’article original. La version complète, ainsi que les articles précédents de cette série en quatre parties se trouvent ici.


À la suite de la victoire électorale de Donald Trump en 2024 et de la mainmise des républicains au Congrès, plusieurs domaines politiques clés pourraient influer sur les marchés et les économies, notamment les risques d’inflation, les relations commerciales, l’immigration et les dépenses budgétaires.

Jusqu’à présent, les marchés boursiers américains ont accueilli favorablement la victoire de M. Trump et le ratissage du Congrès par les républicains, dans l’attente de politiques favorables aux entreprises, notamment la baisse de l’impôt sur les sociétés et la déréglementation. Malgré cet enthousiasme, plusieurs incertitudes politiques importantes, susceptibles de toucher à la fois les marchés et l’économie dans son ensemble, persistent. Examinons les répercussions potentielles de certaines d’elles.

Craintes d’inflation et tensions économiques

Bien que M. Trump ait fait campagne sur la lutte contre l’inflation, les politiques qu’il propose concernant les dépenses budgétaires et les droits de douane pourraient en fait augmenter les tensions inflationnistes. Même si les républicains contrôlent les deux chambres du Congrès, il se peut que leur faible majorité limite la mise en œuvre de politiques énergiques. La nomination de vétérans de Wall Street à des postes au cabinet suggère une approche plus circonspecte, puisque ces fonctionnaires devraient comprendre les risques de nouveaux épisodes inflationnistes en présence d’un déficit fédéral et d’une dette publique déjà élevés.

Les droits de douane, encore et toujours : représailles et mesures correctives

Au cours de sa campagne électorale, M. Trump s’est constamment engagé à mettre en place d’autres obstacles au commerce pour protéger et reconstruire l’outil de production américain. Il a proposé des droits de douane de 60 % ou plus sur les marchandises chinoises,1 ainsi que des droits de douane généraux de 10 à 20 % sur celles de tous les autres partenaires commerciaux du monde entier. Il s’est également engagé à renégocier l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qui doit être renégocié en 2026. Dernièrement toutefois, M. Trump a menacé de déchirer l’ACEUM le premier jour de son administration (il s’agirait là d’une violation de l’accord), indiquant qu’il imposerait des droits de douane de 25 % sur toutes les importations en provenance du Canada et du Mexique,2 et une taxe supplémentaire de 10 % sur celles en provenance de la Chine.3

Notre hypothèse de base est la suivante : même si des droits de douane sont établis, ils n’atteindront probablement pas l’ampleur proposée par M. Trump. Nous croyons plutôt que ces droits de douane serviront de marchandage pour arracher des concessions aux partenaires commerciaux.

Les dernières nominations de M. Trump laissent entrevoir une attitude plus modérée à l’égard des droits de douane. Howard Lutnick, sollicité pour diriger le département du Commerce, a indiqué que les droits de douane seraient utilisés de façon sélective comme outils de négociation au lieu d’être mis en œuvre à grande échelle. Scott Bessent, nommé au poste de secrétaire au Trésor, a qualifié les menaces tarifaires de « position de négociation maximaliste » et a préconisé une mise en œuvre graduelle.4

Relations entre le Canada et les États-Unis

En ce qui concerne le Canada, dont plus de 75 % des exportations sont destinées aux États-Unis, la situation tarifaire est particulièrement critique.5 Peut-être est-ce la prise en compte de cette dynamique qui avait déjà poussé les représentants du gouvernement du Canada à opter pour la voie des négociations bien avant les élections, en communiquant avec l’équipe de M. Trump et en tirant parti des relations existantes dans son cercle rapproché. Le gouvernement du Canada a également mis en œuvre des droits de douane correspondants sur les véhicules électriques et métaux chinois et s’est déclaré prêt à collaborer en ce qui concerne la sécurité aux frontières.

L’immigration, les expulsions massives et le marché du travail

M. Trump a toujours fait vœu de procéder à « la plus grande expulsion de l’histoire américaine ». Cet ambitieux projet d’expulsion se heurte à d’importants obstacles. D’abord, le projet d’expulser 15 à 20 millions de personnes dépasse les estimations actuelles de 11 millions d’immigrants sans papiers.6 Quel que soit le nombre total, on en sait peu sur le mode de mise en œuvre du plan d’expulsion de M. Trump, lequel risque d’être limité par des difficultés juridiques et logistiques.

Un rapport récent de l’American Immigration Council, un cabinet de recherche et de politique en matière de droits à l’immigration, estime que le coût annuel d’expulsion d’un million d’immigrants sans papiers par an dépasserait 88 milliards de dollars.7 Le rapport estime également à environ 315 milliards de dollars le coût d’un effort ponctuel d’expulsions encore plus nombreuses en un an, dont 167 milliards de dollars pour retenir en masse les immigrants.

Le premier mandat de M. Trump en 2016 semble corroborer ces difficultés. Ses efforts précédents, qui ont abouti à l’expulsion de 1,5 million de personnes en quatre ans,8 étaient bien à la traîne des expulsions effectuées par le président Barack Obama au cours de chacun de ses mandats. Les chiffres du premier mandat de M. Trump sont comparables au 1,49 million d’expulsions ayant eu lieu pendant la dernière administration du président Joe Biden.

Le scénario idéal de M. Trump pourrait aussi engendrer un regain de tension sur le marché du travail à court et moyen termes alors que le taux de chômage frôle un taux, déjà faible, de 4 %. Un tel durcissement du marché pourrait forcer davantage les salaires à la hausse, et par la suite augmenter l’inflation.

Tout bien pensé, nous pensons qu’une mise en œuvre des expulsions de si grande envergure sera probablement limitée à cause du manque d’infrastructures, des effectifs restreints, de l’antagonisme des démocrates et de la logistique liée au calendrier compte tenu de la procédure régulière accordée à ces personnes.

Politique budgétaire et répercussions économiques

Au cours de sa campagne, M. Trump a proposé plusieurs politiques budgétaires. Parmi elles, citons la prolongation et la modification de la loi Tax Cuts and Jobs Act, d’autres baisses d’impôt sur les sociétés et petites entreprises, une augmentation des dépenses militaires, le renforcement de la sécurité aux frontières et l’augmentation du soutien aux soins de santé.

Quand bien même toutes ces politiques seraient réalisables pendant un mandat de quatre ans, ces programmes de dépenses suscitent des craintes à plusieurs égards – notamment leur mode définitif de financement.

Si l’administration Trump parvenait à poursuivre ses ambitieux plans de dépenses (et il s’agit là d’un grand « si » à notre avis), ces politiques pourraient entraîner une hausse progressive de l’inflation, et compliquer ainsi la future tâche de la Réserve fédérale. Selon le Committee for a Responsible Federal Budget (CRFB), les programmes en matière d’imposition et de dépenses de M. Trump risquent d’entraîner une hausse de la dette de 7,75 billions de dollars entre 2026 et 2035.9

Vous vous demandez peut-être quels sont les bons côtés de notre hypothèse de base ? M. Trump ne donnera pas suite à tous ses plans de dépenses budgétaires, même si nous soupçonnons qu’il pourra les mettre en œuvre partiellement. Ces dépenses ne manqueront probablement pas d’élargir le déficit budgétaire déjà élevé et d’attiser la colère des détracteurs du déficit budgétaire, dont beaucoup appartiennent à son parti.

Incidences sur les placements

Bien que la victoire des républicains laisse entrevoir des perspectives favorables pour les actifs à risque, en particulier dans les secteurs sensibles à l’économie, l’incertitude qui prévaut sur la mise en œuvre des politiques souligne l’avantage d’une bonne diversification des catégories d’actifs dans les portefeuilles (p. ex. les actions, les titres à revenu fixe et les placements alternatifs), les régions et le style (p. ex. la croissance ou la valeur). Les investisseurs devraient continuer d’envisager de maintenir un équilibre entre les catégories d’actifs, une diversification géographique ailleurs que sur les marchés américains, des stratégies combinées de croissance et de valeur, des placements alternatifs et dans les titres à revenu fixe pour la stabilité du portefeuille et des stratégies de croissance de dividendes pour obtenir des rendements stables.

Sources

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