Lorsqu’une mesure de la Fed entraîne une réaction des marchés

02 février 2024 | Thomas Garretson, CFA


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Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, a tenté de dégonfler les attentes voulant qu’il baisse bientôt les taux, mais les marchés ont tout de suite réagi. Les anticipations donnent à penser que les marchés craignent que si la Fed attend trop longtemps avant de réduire les taux, elle doive les réduire dans une plus grande mesure.


La première réunion de l’année de la Fed, qui devait être sans histoire, s’est révélée être tout le contraire. L’intensification de la volatilité entourant cette rencontre a peut-être été amplifiée par d’autres événements cette semaine, mais la réticence relative de la Fed à ouvrir officiellement la fenêtre de réduction des taux a suscité des réactions intéressantes sur les marchés.

Même si la plupart des analystes sont d’avis que la Fed a un peu tardé à relever les taux d’intérêt en 2022, le risque sous-jacent pour l’économie est qu’elle pourrait aussi tarder à les réduire. Pour bien faire les choses, cette semaine, M. Powell a reconnu les risques liés au fait de procéder à des réductions trop tard, d’autant plus que les pressions inflationnistes se sont atténuées plus rapidement que prévu par les décideurs à la fin de l’année dernière. Toutefois, la réaction des marchés cette semaine donne à penser que le risque persiste, voire qu’il est encore plus élevé.

Les commentaires du président de la banque centrale ont réussi à dégonfler les attentes du marché quant à une réduction en mars : les probabilités que cette dernière se matérialise ont plongé d’un sommet de presque 90 % en janvier à environ 30 %. Mais les marchés ont tout simplement accueilli cette décision en se ralliant vivement à l’idée qu’un début tardif des réductions de taux pourrait signifier uniquement qu’un plus grand nombre de réductions seront ultimement nécessaires. Avant les commentaires de M. Powell, les marchés tablaient sur cinq baisses de taux de 25 points de base, portant le taux à environ 4,1 % d’ici la fin de l’année. Maintenant, les marchés anticipent des réductions plus importantes qui feraient passer le taux à environ 3,8 %.

Cette dynamique exerce des pressions à la baisse sur les taux des titres du Trésor. Le taux de référence des obligations du Trésor américain à 10 ans est passé d’un pic en 2024 de 4,2 % atteint il y a tout juste une semaine à seulement 3,8 % (conformément aux attentes de réduction) et affiche une forte baisse par rapport au sommet de 5,0 % atteint en 2023. Un plongeon sous la barre des 3,8 % représenterait le niveau le plus bas depuis juillet dernier.

L’important, ce n’est pas quand les baisses de taux commenceront, mais jusqu’où elles iront
Niveau prévu du taux des fonds fédéraux aux États-Unis pour le quatrième trimestre de 2024

Le graphique linéaire montre le niveau prévu du taux des fonds fédéraux aux États-Unis pour le quatrième trimestre de 2024, par rapport au taux actuel de 5,3 %, selon quatre sources : les prévisions de la Réserve fédérale (4,6 %), les prévisions consensuelles de Bloomberg (4,3 %), RBC Marchés des Capitaux (4,1 %) et la projection fondée sur les évaluations actuelles du marché (3,8 %).


Taux des fonds fédéraux actuel

Prévisions de la Réserve fédérale

Prévisions consensuelles de Bloomberg

Prévisions de RBC Marchés des Capitaux

Trajectoire implicite des taux d’intérêt selon le marché

Source : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg; données en date du 1er février 2024, prévisions pour le quatrième trimestre de 2024

Le spectre des tensions bancaires passées

Nous sommes les premiers à reconnaître que les tensions ailleurs sur les marchés ont certainement brouillé toute lecture claire de l’interprétation qu’a fait le marché de la réunion de la Fed cette semaine. Dans le secteur des banques régionales en particulier, le cours de l’action de New York Community Bancorp (NYCB) a fondu de moitié après la publication des résultats du premier trimestre, le dividende ayant été réduit de 70 %.

Une chute de cette ampleur a entraîné des pressions de ventes dans l’ensemble du secteur, ce qui a fait craindre que le spectre des tensions bancaires qui ont frappé les marchés au printemps dernier ne revienne nous hanter de nouveau.

Cependant, nous croyons qu’il s’agit d’un événement localisé et non pas d’un signe avant-coureur d’une nouvelle série de tensions plus généralisées dans le secteur bancaire régional, au même titre que les difficultés éprouvées par les marchés l’an dernier. Les analystes de RBC Marchés des capitaux ont souligné que : « Les résultats ont comporté plusieurs surprises négatives, notamment des provisions plus élevées que prévu et une augmentation des réserves, une marge sensiblement plus faible, des perspectives nettement plus modestes et l’annonce de la réduction du dividende. À notre avis, bon nombre de ces tendances sont liées au fait que la société a franchi la barre des 100 milliards de dollars d’actifs et qu’elle est devenue une institution financière de catégorie IV. Cette croissance s’accompagne de besoins accrus en matière de liquidité et de conformité, même si, dans l’ensemble, les résultats ont été inférieurs aux attentes. Les perspectives pour 2024 laissent également entrevoir d’autres pressions sur les marges et les dépenses en raison de ces thèmes. »

Le jeu de la confiance

Pour en revenir à la Fed et à la suite possible des choses, nous estimons que l’inflation reste à l’avant-plan. C’est peut-être aussi là que réside le plus grand décalage entre les commentaires de M. Powell et l’humeur actuelle des marchés.

Ce qu’il faut retenir à notre avis, c’est que la Fed souhaite être à un niveau encore plus élevé de certitude et de confiance que l’inflation redescend de façon ferme à 2 %. À notre avis, c’est le cas. L’inflation des dépenses personnelles de consommation de base (hors alimentation et énergie) a été inférieure à la cible de 2 % de la Fed pour les trois et six derniers mois, à 1,5 % et 1,9 %, respectivement, en chiffres annualisés. Même si M. Powell a quelque peu ignoré ces chiffres et a plutôt souligné que le rythme sur 12 mois demeure élevé à 2,9 %, nous croyons que la Fed est plus près de déclarer victoire que ce que les décideurs laissent entrevoir. Nous sommes largement certains que la Fed n’attendra pas que l’inflation annuelle revienne à 2 %, car à ce moment il serait beaucoup trop tard. Les marchés voulaient peut-être simplement que l’on retienne davantage les récents progrès en matière d’inflation.

D’autres données publiées cette semaine ont montré une autre baisse marquée des attentes d’inflation des consommateurs. Comme le montre le dernier graphique, les perspectives d’inflation sur un an sont maintenant conformes aux niveaux historiques habituels, la hausse des deux dernières années ayant été presque complètement éliminée.

Les attentes d’inflation des consommateurs sont pratiquement revenues à la normale
Écart des attentes des consommateurs par rapport à la médiane, de 2014 à 2024
Écart des attentes des consommateurs par rapport à la médiane, de 2014 à 2024

Le graphique linéaire montre, pour la période allant de 2014 à janvier 2024, l’écart entre les attentes d’inflation des consommateurs sur un horizon de un an et le niveau médian pour cette période. L’écart s’est généralement établi à -0,5 % ou moins jusqu’au milieu de 2020, lorsqu’il a soudainement monté à 1,5 % au-dessus de la médiane. Les attentes des consommateurs ont atteint un maximum de près de 3,5 % au milieu de 2022 et ont depuis diminué pour s’établir à 0,1 % en janvier 2023.

Source : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, enquête du Conference Board sur la confiance des consommateurs; données mensuelles, du 31 décembre 2014 au 31 janvier 2024

Même si divers décideurs ont récemment laissé entendre que l’objectif de la Fed d’aborder la décision « très lourde de conséquences » de commencer à réduire les taux « méthodiquement et prudemment » pourrait sembler prudent à première vue, nous souhaitons explicitement, tout comme le marché, que la banque centrale adopte une approche plus habile et souple si elle réussit à orchestrer un atterrissage en douceur. Nous pensons qu’elle y parviendra, même si elle a connu un faux départ.

Selon nous, il existe toujours 50 % de probabilités qu’une baisse de taux soit décrétée en mars, compte tenu des données entrantes, mais au minimum, la réunion devrait préparer le terrain pour une réduction de taux en mai, suivie d’autres cette année.


Ressources pour les recherches 

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