« Actions-mèmes » : est-ce un risque pour les portefeuilles d'investissement traditionnels ?

févr. 12, 2021 | Kelly Bogdanova


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Bien que cet épisode soit le signe d’une transformation profonde en cours, nous ne pensons pas que le phénomène des actions-mèmes menace sérieusement les portefeuilles de placements traditionnels.

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Les actions de GameStop sont revenues à la normale. Après l’atteinte d’un sommet intrajournalier de 483 $ à la fin du mois de janvier, elles ont clos la séance d’aujourd’hui à 51,10 $. D’autres actions prises dans le tourbillon ont également reculé.

Pourtant, les investisseurs particuliers demeurent inquiets en raison des risques qu’une telle situation peut poser pour l’ensemble du marché. Certains se demandent si l’épisode ne serait pas plutôt la pointe de l’iceberg d’un phénomène beaucoup plus vaste. Après tout, d’autres actions-mèmes de petites sociétés ont grimpé au cours des dernières séances de négociation.

À cette interrogation, nous répondons par l’affirmative : il se prépare certainement quelque chose d’extrêmement important.

La cause profonde de l’épisode GameStop n’est pas forcément celle à laquelle on penserait de prime abord ; en fait, elle n’est même pas liée au marché. Qui plus est, nous ne pensons pas que le phénomène constitue une grave menace pour les portefeuilles de placements traditionnels.

Une liquidation forcée des positions vendeur à la mode du 21e siècle

Commençons par analyser l’épisode GameStop : il s’agissait d’un cas classique et douloureux de liquidation forcée des positions vendeur, bien qu’elle se soit déroulée de manière nouvelle et spectaculaire.

Les liquidations forcées ne datent pas d’hier. Certains des cas les plus connus remontent même aux Années folles, période durant laquelle la valeur totale du marché boursier était beaucoup plus modeste. L’intérêt de bien des lecteurs s’estomperait si nous décrivions le fonctionnement des positions vendeur et des liquidations forcées nous en éviterons donc d’entrer dans les détails. (Le graphique à la page suivante propose une définition simple tirée d’Investopedia.)

Lors d’une liquidation forcée des positions vendeur, tout ce qui monte peut plonger
Sommet de la séance et cours de clôture par action de GameStop (GME)
Graphique linéaire comparant le prix maximum quotidien et le cours de clôture quotidien des actions GameStop de novembre à février.

Le graphique illustre la flambée du cours de l’action de GameStop (GME) durant la récente liquidation forcée des positions vendeur et le plongeon qui a suivi.


Sommet quotidien

Cours de clôture quotidien

Liquidation forcée des positions vendeur : « Lorsque le cours d’une action ou d’un autre actif augmente brusquement, les spéculateurs ayant misé sur une chute du prix sont forcés d’acheter le titre pour prévenir d’autres pertes encore plus importantes. Leur course folle pour faire de tels achats alimente la pression à la hausse sur le prix de l’action. [...] Les vendeurs à découvert sont alors contraints de liquider leurs positions vendeur, habituellement à perte. » — Source: Investopedia (Traduction)

Sources : RBC Gestion de patrimoine, Bloomberg, Investopedia ; données prises en compte jusqu’au 10 février 2021.

La liquidation forcée des positions vendeur visant GameStop présente des caractéristiques uniques.

La prolifération et l’usage répandu des babillards sur Internet – surtout la plateforme Reddit, en l’occurrence – ont permis aux investisseurs particuliers d’échanger leurs idées et leurs stratégies de placement en temps réel.

Quand ils ont compris que les actions de GameStop faisaient l’objet de positions vendeur considérables (et que celles-ci étaient donc susceptibles de subir une liquidation forcée), ces investisseurs ont acheté le titre, poussant ainsi de nombreux vendeurs à découvert dont de grands fonds de couverture à liquider leurs positions vendeur et à acheter des actions. Ces opérations ont provoqué une flambée du cours et de lourdes pertes pour certains fonds de couverture.

Toute grande liquidation forcée de positions vendeur attirerait certainement l’attention des médias. Cette liquidation-ci a toutefois été fracassante, puisque l’action a bondi de 2 300 % en seulement 11 séances de négociation. Fait important, cet événement a braqué les projecteurs sur une méthode peu courante auparavant : le recours au clavardage et à d’autres outils sur Internet pour mettre au point des stratégies visant les actions. Cette liquidation forcée de positions vendeur a touché des investisseurs particuliers, dont certains débutants en matière de sélection des titres.

Vents de renouveau numérique

À notre avis, la cause profonde de cet événement est l’élément le plus important à retenir.

De notre point de vue, le phénomène plus vaste que l’on observe actuellement à la surface et en coulisses correspond à une transformation profonde de la société : le passage à l’ère numérique.

L’emprise des technologies numériques sur la vie quotidienne s’est accentuée en raison des fermetures soudaines liées à la COVID-19 ; les outils technologiques ont facilité le télétravail à temps plein et allégé les pressions du confinement total.

Cette transformation profonde, que certains décrivent comme l’avènement d’une ère nouvelle, ressemble beaucoup à ce qui s’est produit au cours des 150 dernières années. Souvenons-nous de la mutation survenue à la fin du 19e siècle, avec la transition de l’économie agricole vers l’industrialisation, de la métamorphose des transports avec l’arrivée du moteur à vapeur et du chemin de fer, du nouvel ordre international né des cendres de la Seconde Guerre mondiale et du bouleversement engendré par l’effondrement de l’Union soviétique.

Toutes ces transformations profondes – et d’autres encore – ont influé sur les tendances économiques, gouvernementales, technologiques et culturelles. Elles ont notamment modifié les mouvements migratoires internationaux et au sein des pays, les normes sociales et les traditions religieuses. Elles ont eu des répercussions sur la vie de tous les jours, en plus d’orienter l’évolution de la civilisation.

À l’heure actuelle, la numérisation transforme la société à une vitesse fulgurante : prolifération de l’intelligence artificielle (IA), localisation, avènement des « villes intelligentes », nouvelles technologies pour les services bancaires offerts aux particuliers et aux entreprises, nouvelles structures de monnaies (songeons aux cryptomonnaies), convergence des secteurs de la technologie et des soins de santé, ainsi qu’une multitude d’autres technologies, dont certaines posent même des dilemmes éthiques et moraux.

Pour nous, le phénomène des babillards sur les actions-mèmes et la participation accrue des particuliers aux marchés sont des conséquences accessoires de cette transformation profonde qu’est la numérisation.

Garder le cap sur le long terme

Y a-t-il une incidence sur les portefeuilles de placements ?

En ce qui concerne les actions-mèmes et la communication accrue entre les investisseurs à propos des actions et des stratégies de placement, nous pensons que la numérisation accentuera la participation des particuliers aux marchés boursiers et la rendra plus active.

Certains investisseurs particuliers accordent désormais plus d’importance à la recherche, s’intéressent plus aux actions individuelles qu’aux indices, et n’hésitent plus à négocier des options. Comme pour tous les nouveaux cycles de placement, certains font leurs devoirs avec diligence, alors que d’autres tentent de profiter de la vague haussière en optant pour la facilité (ce qui fonctionne rarement à long terme).

Nous pensons que la participation et l’influence des investisseurs particuliers augmenteront, du moins jusqu’à l’enracinement du prochain marché baissier long et profond. Dans l’intervalle, d’autres événements semblables à celui de GameStop pourraient se produire ou non. Nous n’écartons pas d’autres épisodes de volatilité liés aux actions-mèmes.

Le phénomène GameStop ou des mèmes a soulevé de nombreuses questions sur la réglementation. D’après nous, les organismes de réglementation prendront probablement du temps à réagir. Ils ont tendance à être réactifs et à la traîne des tendances et des innovations technologiques. À titre d’exemple, selon les analystes de Bloomberg en matière réglementaire et gouvernementale, il pourrait s’écouler jusqu’à un an avant l’instauration de nouveaux règlements pour corriger la situation. Même alors, ils ne s’attendent pas à d’importants changements.

Dans l’ensemble, il est peu probable, selon nous, que le phénomène des actions-mèmes ait de grands effets sur les portefeuilles de placement traditionnels à long terme. Nous pensons que ces épisodes particuliers et la volatilité qui en découle passeront.

Toutefois, la transformation profonde et le passage à l’ère numérique ont déjà des effets prononcés sur nos vies et nous nous attendons à ce que ces répercussions s’accentuent. Nous pensons que les grandes tendances de la numérisation et les modifications qu’elles apporteront aux technologies et aux modes de vie auront des conséquences beaucoup plus importantes sur les portefeuilles de placement et les rendements que le seul phénomène des actions-mèmes.


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