« OK mesdames, en formation ! » – Beyoncé
En 2023, l’économie féminine a été placée sous les feux de la rampe. Tout au long de l’année, on a entendu parler de femmes qui ont stimulé les ventes d’entreprises en difficulté, accru l’achalandage et rétabli la rentabilité des salles de cinéma, et soutenu un effet multiplicateur de l’économie mondiale. En voici quelques exemples :
- Salut, Barbie ! : Réalisé par Greta Gerwig et affichant une distribution presque exclusivement féminine, le film Barbie a battu plusieurs records du box-office. Il s’agit du plus grand succès pour un long métrage réalisé par une femme et du film le plus rentable jamais distribué par Warner Bros aux États-Unis. À la suite de sa sortie très attendue en juillet, Barbie a rapporté des recettes mondiales stupéfiantes de 1,4 milliard de dollars et a passé 12 semaines dans le top 10 américain, du jamais vu. Bref, un film réalisé par une femme et mettant en vedette des femmes qui a ravivé une industrie cinématographique à bout de souffle.
- Beyoncé, reine de la pop : La tournée Renaissance World Tour de Beyoncé a connu un succès retentissant, rapportant près de 600 millions de dollars à l’échelle internationale. Au total, 2,7 millions de personnes ont assisté à 56 concerts dans 39 villes. On a beaucoup parlé des retombées économiques de la chanteuse ou du « Beyoncé bump », selon l’expression utilisée dans la couverture économique de Yelp. L’effet multiplicateur de l’économie s’est fait ressentir au début de sa tournée, à Stockholm. Les économistes suédois l’ont alors tenue responsable du gonflement artificiel des prix à la consommation. Aux États-Unis, les fans de l’artiste ont envahi les villes où elle se produisait, faisant rouler les affaires des entreprises locales. Un article du magazine Fortune1 révèle que les recherches sur Yelp concernant les techniciennes en pose d’ongles ont été trois fois plus nombreuses que l’année précédente et que celles visant les bars et restaurants situés à proximité des lieux de spectacle ont bondi de 160 %. Au final, la tournée a généré environ 4,5 milliards de dollars pour l’économie américaine – presque autant que les Jeux olympiques de 2008 pour Beijing, selon le New York Times2.
- Le phénomène Taylor Swift : La tournée de 53 concerts à guichets fermés Eras Tour de Taylor Swift a donné lieu à des ventes brutes de billets de 1,04 milliard de dollars, un montant astronomique. D’après Pollstar, qui se spécialise dans les spectacles musicaux sur scène, il s’agit de la première tournée à franchir le cap du milliard de dollars. L’Eras Tour devrait rapporter plus de 4 milliards de dollars à la star, soit les revenus les plus élevés jamais enregistrés par un artiste pour une seule tournée. On estime qu’en tout, la tournée aura stimulé l’économie américaine à hauteur de 5,7 milliards de dollars – assez pour distribuer 20 dollars à chaque habitant du pays. De plus, le film Eras Tour qui est sorti en salles en octobre dernier a généré des recettes de plus de 250 millions de dollars, et Taylor Swift aurait reçu 75 millions de dollars de Disney pour les droits de diffusion en continu de l’enregistrement du spectacle.
Ce ne sont là que quelques exemples qui illustrent la puissance économique grandissante des femmes et la façon dont elles alimentent de plus en plus la croissance économique. Sur la planète, plus de 80 % des décisions d’achat sont prises par des femmes, et ces dernières contribuent à près de 40 % du produit intérieur brut mondial.
Les femmes renforcent leur pouvoir économique
Tout cela coïncide avec le « grand transfert de patrimoine » : un changement radical dans la répartition de la richesse entre les hommes et les femmes. Selon une étude publiée par McKinsey & Company en 2020, d’ici la fin de la décennie, aux États-Unis, les femmes devraient contrôler un total sans précédent de 30 billions de dollars américains d’actifs. Il s’agit en fait d’un transfert de patrimoine potentiel d’une telle ampleur qu’il avoisine le PIB annuel du pays. Selon un rapport de Marchés des capitaux CIBC datant de 2019, au Canada, d’ici 2028, on estime que les femmes contrôleront 4 billions de dollars d’actifs – soit presque le double du montant de 2,2 billions de dollars qu’elles contrôlent aujourd’hui.
Cet afflux massif de richesse pour les femmes est principalement attribuable à la démographie. En effet, quand les hommes de la génération des baby-boomers décèdent, ils ont tendance à léguer leurs biens à leur femme. Or, d’habitude, ces femmes sont plus jeunes et vivent plus longtemps (six ans de plus en moyenne, d’après une étude publiée récemment dans la revue JAMA Internal Medicine). Par ailleurs, ce courant est accentué par les tendances selon lesquelles les femmes elles-mêmes génèrent plus de richesses grâce à leur participation accrue sur le marché du travail et dans l’entrepreneuriat. La population active continue de se féminiser. D’après l’analyse des données du gouvernement par le Pew Research Center, les femmes aux États-Unis représentaient plus de la moitié des diplômés constituant la population active à la fin de 20193.
Les ramifications de la mainmise des femmes sur leur pouvoir économique sont vastes et profondes. Si leur vie sera assurément remodelée, la société telle que nous la connaissons pourrait l’être aussi. Comme les femmes n’exercent pas leur pouvoir d’achat de la même manière que les hommes, un changement de cette ampleur pourrait se répercuter sur les dépenses discrétionnaires (commerce de détail, voyages, etc.), les systèmes et services de santé (qui commencent à peine à tenir compte de la nature distincte et nuancée des soins destinés aux femmes) et, ne l’oublions pas, le monde de l’investissement.
« Pour les femmes, l’indépendance financière est une nécessité. »
~ Carrie Schwab-Pomerantz, présidente du conseil d’administration et présidente de la Charles Schwab Foundation
Le moins qu’on puisse dire, c’est que cette transmission de richesse sans précédent représente une occasion exceptionnelle pour les conseillers en services financiers. Toutefois, la façon dont cette occasion est abordée a de l’importance. Il faudra beaucoup plus qu’un simple ajustement des plans financiers et des portefeuilles bâtis autour des objectifs financiers masculins.
La reconnaissance du fait que les réalités financières des femmes diffèrent (du moins pour l’instant) de celles des hommes est fondamentale pour la composition des portefeuilles de celles-ci. En plus de vivre plus longtemps que les hommes, les femmes subissent encore les contrecoups de l’écart salarial entre les sexes. Dans un article du magazine Forbes, on apprend qu’à l’échelle mondiale, les femmes ne touchent en moyenne que 77 cents pour chaque dollar gagné par les hommes (89 cents au Canada et 82 cents aux États-Unis)4. Les enjeux sont d’autant plus élevés que les femmes assument des rôles d’aidantes auprès d’enfants ou d’aînés, ce qui entraîne des interruptions dans leur carrière (et donc des pertes de revenu et d’épargne). En 2022, au-delà de la moitié des femmes de 15 ans et plus se sont occupées d’enfants ou d’adultes, et elles étaient beaucoup plus susceptibles que les hommes de fournir des soins (Statistique Canada, 2022).
Historiquement, les femmes n’ont pas investi dans le marché au même rythme que les hommes. Cette situation s’explique par de nombreuses raisons, notamment un manque général de confiance dû au préjugé voulant que les femmes soient moins perspicaces en matière de placements. Une étude réalisée par BNY Mellon Investment Management en 2022 indique que seulement une femme sur dix dans le monde estime bien comprendre les placements. La même étude conclut que moins de 30 % des femmes se sentent en confiance pour investir leur argent. Ce fossé est creusé par le fait que les femmes cèdent souvent la prise de décisions financières à leurs partenaires masculins.
Pour compenser ces inégalités, l’argent des femmes doit fructifier davantage et durer plus longtemps.
La bonne nouvelle, c’est que les tendances évoluent dans le bon sens. Par exemple, selon une étude de Fidelity datant de 2021, 67 % des femmes investissent désormais en dehors de leur compte de retraite, contre seulement 44 % en 2018. Paradoxalement, l’étude révèle que c’est la COVID-19 qui a contribué à ce bond, un peu plus de 50 % des femmes indiquant qu’elles avaient commencé à investir depuis le début de la pandémie. Autres facteurs positifs : d’après l’étude de BNY Mellon, dans un scénario où les femmes investiraient au même rythme que les hommes, il y aurait au moins 3,2 billions de dollars supplémentaires d’actifs sous gestion appartenant à des particuliers.
En résumé, le grand transfert de patrimoine, conjugué à la puissance économique croissante des femmes, aura une incidence marquée sur la distribution de la richesse à moyen et long terme. De toute évidence, une meilleure compréhension des objectifs féminins est nécessaire et il faut étendre la portée des conseils au-delà de l’aspect financier. Une approche plus holistique englobant la santé, le bien-être, l’impact et l’héritage est essentielle à la création d’une proposition de valeur convaincante pour ce segment de clientèle en pleine croissance.
Sources
1Article intitulé « Yelp coins the ‘Beyonce bump’ for the economic halo created by the pop star’s Renaissance Tour », Fortune Magazine, 19 juillet 2023.
2Article intitulé « Beyonce’s Silvery, Shimmering Renaissance », New York Times, 27 septembre 2023.
3Article intitulé « Women now outnumber men in the U.S. college-educated labor force », Pew Research Center, 26 septembre 2022.
4Article intitulé « Gender Pay Gap Statistics in 2023 », Forbes Advisor, 7 février 2023.
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