« Il n’y a pas de voie sans risque pour la politique monétaire. »
– Jerome Powell, président de la Réserve fédérale des États-Unis
Une année fait une grande différence
Revenez au début de 2023. Les attentes générales cacophoniques des économistes et des stratégistes du marché tablaient sur une récession (c.-à-d. au moins deux trimestres consécutifs de recul du PIB) au cours du second semestre jusqu’à la fin de l’année dernière. Et avec raison, compte tenu des données économiques éloquentes – plus précisément des indicateurs avancés comme une courbe des taux inversée (lorsque les taux des obligations à court terme sont plus élevés que ceux des obligations à long terme) et un indice économique avancé négatif du Conference Board. Un an plus tard, la résilience de l’économie et des marchés américains continue de surprendre. À tel point que les prévisions générales initiales préconisant une récession en 2023 et au début de 2024 ont de plus en plus cédé la place à un « atterrissage en douceur » (c’est-à-dire que l’économie entre dans une phase de croissance lente plutôt que de récession généralisée). Notre propre économiste en chef de RBC Gestion mondiale d’actifs, Eric Lascelles, a récemment relevé son estimation de la probabilité que l’économie américaine connaisse un atterrissage en douceur et évite une récession, la faisant passer de 40 % à 60 %.
Les preuves sont convaincantes. L’économie américaine a progressé à un rythme soutenu d’un peu plus de 3 % au quatrième trimestre de 2023. Bien qu’il s’agisse d’une décélération notable par rapport au trimestre précédent, où la croissance s’est établie à un peu moins de 5 %, ce résultat a marqué le sixième trimestre consécutif au cours duquel le PIB a progressé à un rythme annuel d’au moins 2 % et a souligné la solidité de la plus grande économie mondiale. Les prévisions générales actuelles font état d’un rythme semblable d’environ 2 % pour 2024. L’indice des prix à la consommation (ou IPC, une mesure générale du coût des biens et des services) a augmenté de 0,4 % en février et de 3,2 % par rapport à l’an dernier, soit un peu plus que prévu pour le deuxième mois consécutif. De même, l’indice des prix à la production (ou IPP, qui mesure le coût des matières premières, des produits intermédiaires et des produits finis pour les entreprises) a connu une croissance plus rapide que prévu. Fait remarquable, environ les deux tiers de la hausse de l’indice global des prix à la production sont attribuables à une augmentation des prix des produits finis.

Les résultats des sociétés au quatrième trimestre de 2023 ont surpassé les attentes dans l’ensemble, et les analystes prévoient généralement une croissance annuelle des bénéfices en 2024 avoisinant toujours les 10 %. Les financiers semblent d’accord avec les petits épargnants, puisque l’indice S&P 500 a grimpé à près de 10 % depuis le début de l’année pour atteindre de nouveaux sommets sur un an – ce qui prolonge la vigueur de la reprise de plus de 20 % en 2023. Bien que cette reprise soit principalement attribuable aux sept magnifiques (c.-à-d. Amazon, Alphabet, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla), elle semble s’étendre au reste du marché, ce qui en souligne la vigueur. La valorisation de l’indice S&P 500 est actuellement supérieure à sa moyenne à long terme, encore une fois en grande partie à cause des valorisations plus élevées des sept magnifiques. Pourtant, des valorisations plus élevées que la moyenne ne sont pas une condition préalable à un repli du marché.

Baisses des taux : plus une question de moment que de probabilité
Comme le déluge de données économiques encourageantes a alimenté le scénario de l’atterrissage en douceur, les prévisions générales des analystes concernant le moment de la première baisse des taux par la Réserve fédérale américaine (la Fed) ont considérablement changé depuis le début de l’année. En décembre de l’année dernière, les marchés prévoyaient que près de sept baisses des taux les feraient passer de 5,25 % à un peu moins de 4 % avant la fin de 2024. Alors que le marché digère la vigueur soutenue de l’économie américaine, les attentes tablent maintenant sur seulement quatre baisses des taux cette année, ce qui les porterait à environ 4,5 %. En dépit de la révision des attentes de taux de la banque centrale, les tensions inflationnistes continuent de diminuer, ce qui ne facilite pas la tâche de la Fed pour atteindre sa cible de 2 % de l’inflation. Les prévisions générales tiennent maintenant compte d’une première baisse des taux par la Fed en juin. Ce n’est pas déraisonnable à notre avis, même si, d’après les événements récents, nous sommes portés à croire que le moment, le nombre et l’ampleur des baisses de taux sont tous des cibles mouvantes susceptibles de changer en fonction des données économiques des prochains mois. Il reste notamment encore trois autres publications de l’IPC avant la réunion de la Fed sur la fixation des taux directeurs en juin.

Un équilibre délicat
Il faut reconnaître que la Fed a bien contenu l’inflation sans engendrer de récession, mais il reste du travail à faire. Les commentaires récents des responsables de la Fed indiquent qu’ils restent déterminés à réduire les taux cette année, malgré la persistance de l’inflation. Nous nous attendons à ce que la Fed continue de se concentrer sur les données indiquant non seulement que l’inflation se rapproche de sa cible de 2 %, mais qu’elle le fait de façon durable. Pour réussir un atterrissage en douceur (ce qui s’est révélé rare lors des précédents cycles de hausse des taux), la Fed doit atteindre un équilibre délicat : réduire trop rapidement les taux pourrait conduire à une résurgence de l’inflation et potentiellement relancer un nouveau cycle de hausse des taux ; réduire les taux trop tard risque de les maintenir trop longtemps à des niveaux restrictifs, ce qui augmenterait sûrement les probabilités de récession.
Cela dit, le récent ralentissement du marché du travail aux États-Unis pourrait renforcer les attentes de première baisse des taux de la Fed en juin. Le taux de chômage s’est établi à 3,9 % en février, comparativement à 3,7 % le mois précédent et à 3,6 % l’an dernier. Au cours des prochains mois, si le taux de chômage augmentait légèrement, mais de manière durable au-dessus de 4 %, cela pourrait fournir suffisamment de raisons à la Fed pour réduire les taux plus tôt que tard.
Un optimisme prudent est de mise
Il est important de reconnaître que, même si les estimations générales s’orientent de plus en plus vers un scénario d’atterrissage en douceur, rien ne garantit qu’il se matérialisera. Même selon les estimations de l’économiste en chef de RBC Gestion mondiale d’actifs, Eric Lascelles, les probabilités que l’économie américaine connaisse une récession durant le dernier semestre de l’année sont encore de 40 %. Le scénario de l’atterrissage en douceur va à l’encontre de l’argument selon lequel les périodes prolongées de resserrement (c.-à-d. de taux d’intérêt élevés) se sont généralement soldées par une récession. Selon l’analyse historique de RBC Gestion mondiale d’actifs, les récessions surviennent en moyenne dans les 27 mois suivant la première hausse de taux de la banque centrale. Cela donne à penser que le ralentissement économique tarde à se concrétiser, et pourtant, une récession en décalage par rapport aux normes historiques peut difficilement être exclue, surtout si l’on considère la faible sensibilité de l’économie américaine aux hausses de taux et leurs effets à retardement (qui prennent généralement de 12 à 18 mois pour se répercuter sur l’économie). Les données historiques n’appuient pas non plus la supposition que les récessions sont peu probables après plusieurs trimestres de croissance du PIB, comme cela a été le cas aux États-Unis.
Bien qu’il y ait lieu d’être optimiste à l’égard d’un scénario d’atterrissage en douceur de l’économie américaine, les investisseurs doivent se préparer à une forte volatilité dans les mois à venir, surtout en raison de l’imminence des élections présidentielles aux États-Unis, des conflits géopolitiques importants et du risque de baisse des prévisions générales de bénéfices supérieures à la moyenne. Nous continuons de privilégier un niveau sain de positions défensives tactiques au sein des portefeuilles, et nous considérons que les titres à revenu fixe (plus particulièrement les obligations d’État) et les actions à dividendes de grande qualité sont évalués de façon attrayante à l’heure actuelle.
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